[ Plus au jour d'aujourd'hui, mais il
n'y a pas si longtemps... ]
Cet article m'est assez
compliqué. A dire vrai, il me trotte en tête depuis un
moment, et outre le fait d'hésiter à le mettre en ligne, je
suis on ne peut moins certaine de savoir poser les bons
mots sur mon ressenti...
Je vais quand même essayer...
Il y a quelques jours, en lisant un
article sur les essais-bébé d'une future jeune mère [ je
balance tout, il s'agit d'Audrey ] m'est revenu le souvenir
douloureux des réactions de ma sœur face à mes grossesses...
Ma sœur et moi ne sommes pas en très
bon terme, et ce depuis plusieurs années. Nous nous envoyons un
texto trimestriel, et encore, je vois large.
Tout comme ma mère avant elle, lorsqu'elle et son compagnon
décidèrent de créer une famille, elle dut subir une longue
série d'échec avant d'être enceinte... De longs essais,
durant de longs mois, elle allait de déception en déception.
Le doute s'installa même d'y parvenir un jour. Alors ils
firent leur batterie de tests, et ce n'en fut que plus
perturbant : en théorie, tout allait
bien...
Un peu plus d'un an, et une fausse
couche plus tard, enfin, elle avait deux locataires.
Malheureusement, un seul des deux survécu. Commença alors une
grossesse dans l'angoisse, mais qui arriva à son terme sans
autre embûche. Ma nièce naquit en octobre 2010 [ ça en
jette le passé simple!] dans d'excellentes conditions, et elle est
aujourd'hui une adorable fillette blonde comme les blés !
Au cours de sa grossesse, il s'avéra
que moi-même je tombai enceinte.
Lorsque l'Homme et moi avions
décidé de faire « des essais », dans ma tête, c'était
certain, galère il y aurait... Sauf que du premier coup... BIM !
Transformé l'essai. J'en demeurais pantoise !
Ma surprise fut
si vive, mon incrédulité si intense, que je me persuadai de ne pas
y croire, m'attendant à un pire... Tant qu'un écran ne m'eut prouvé
que la vie avait bel et bien prise en moi, rien, ni même les
battements de son cœur ne me convainquit. [ enfin... Rien ne me
convainquit qu'il n'y aurait pas de drame, comme toutes les mères
j'aimais déjà la promesse au creux de moi...]
Une fois les trois mois réglementaires
écoulés, je fis mon annonce [ à d'autres que ma mère ], notamment
à ma sœur. Et si sa grossesse m'avait été un tsunami émotionnel,
une joie infinie et profonde, visiblement, la mienne la laissa de
marbre. Une immense déception pour moi...
J'appris plus tard que mes
théories, celles que j'avais échafaudées pour comprendre sa
rudesse, étaient proches de la vérité. Elle m'en voulait clairement
de ne pas avoir galéré, pensait secrètement que je lui volais la
vedette, et que, au final, je ne méritais pas cette chance, moi,
vilain petit canard...
Ma fille naquit en mars 2011, soit 6
mois plus tard que la sienne.
Quelques 18 mois plus tard, ma sœur
reprit de nouveaux essais. Probablement avait-elle le souhait d'avoir
des enfants rapprochés. Malheureusement, elle ne fit pas moins de
quatre fausses couches, dont une lui manquant d'être fatale, en
l'espace d'une année...
Et moi, de mon côté, en février
j'apprenais ma seconde grossesse, non prévue [attention, prévue et
désirée, deux choses distinctes!].
Je compris sa tristesse, son
amertume en cet instant [ celui où elle l'apprit ], en revanche, ce
que je suis aujourd'hui toujours incapable de comprendre, ce sont ses
reproches. Cette façon à elle de me faire penser : « je
suis désolée, je ne l'ai pas fait exprès ».
Ces reproches
encore présents aujourd'hui. Malgré la bonne farce que nous a fait
Madame la Vie : sa première est d'octobre, ma première de mars
suivant, mon second est d'octobre, sa seconde de mars suivant...
Et j'en viens à un questionnement plus
large.
Sommes-nous, nous mamans, séparées en deux catégories
distinctes, celles qui ont souffert pour accéder à ce statut, et
celles qui non ?
Devons-nous mener les guerres inutiles que peuvent causer l'allaitement, le portage, n'importe quelle différence ?
Une maman sans galère à l'être ne peut-elle ni comprendre, ni
compatir, ni simplement souhaiter avec sincérité le bonheur à
celle qui lutte ?
Dois-je vraiment m'excuser d'avoir eu
une chance que d'autres n'ont pas, simplement parce que ces autres,
ces mères-mais-pas-officiellement, je les comprends, et j'ai envie
de le leur dire ?
J'en profite au passage pour souhaiter tout le bonheur du monde à Audrey, et toutes ces autres qui essaient, coûte que coûte, de devenir enfin maman.
